Les jeux de rôle auxquels je jouais quand j'étais enfant comportaient un mécanisme étrange.
Si vous perdez contre un adversaire, vous perdez de l'argent. Mais vous ne perdez pas de points d'expérience.
Quand j'étais enfant, je l'acceptais comme une évidence, mais en y repensant aujourd'hui que je suis adulte, je trouve que c'est vraiment bien fait.
Dans la vie réelle aussi, il arrive que l'argent perdu ne soit pas récupérable. Mais l'expérience, elle, reste.
Quand on se lance dans quelque chose de nouveau, la première année et la cinquième année, même si l'on fait le même travail, les choses semblent complètement différentes.
Au début, on ne sait même pas ce qu’on ne sait pas. On est déjà à bout de souffle rien qu’à gérer ce qui se présente à nous, sans avoir une vue d’ensemble. Mais à force de persévérer, un tout autre paysage se dessine peu à peu. Où a-t-on tendance à se tromper ? À qui faut-il faire confiance ? Qu’est-ce qu’il ne faut surtout pas remettre à plus tard ? Personne ne me l’a appris ; je m’en suis simplement rendu compte un jour, sans m’en apercevoir.
Avec le recul, je me rends compte que la plupart de mes décisions actuelles découlent davantage de mes échecs que de mes réussites. Ce qui a bien fonctionné, il suffit de le refaire. Mais les échecs m'amènent à me demander pourquoi cela s'est passé ainsi. Les traces de cette réflexion sont profondément ancrées en moi.
Ce n'est pas l'expérience qui enrichit nos connaissances, mais qui modifie notre jugement.
Que signifie « changer d'avis » ?
Même face aux mêmes informations, ce que voient une personne expérimentée et une personne qui ne l'est pas diffère. « On peut remettre cela à plus tard », « Il faut se dépêcher ici », « On peut se fier à ce que dit cette personne ». Souvent, lorsqu'on essaie de formuler les raisons de ces jugements, on ne parvient pas à les expliquer clairement. Mais notre corps le sait.
Ce n'est pas assez précis pour être classé dans les catégories « sens », « intuition » ou « compétence », mais cela existe bel et bien. Ce serait bien si cela pouvait être quantifié comme dans un jeu, mais la réalité ne s'y prête pas. Malgré tout, j'ai le sentiment que cela s'accumule progressivement.
Cependant, cette expérience ne s'acquiert qu'en passant à l'action.
Lorsque l'on regarde un match à la télévision, notre corps ne réagit pas aux balles qui semblent venir de l'autre côté de l'écran. En effet, on sait pertinemment qu'elles ne vont pas vraiment nous atteindre. Mais si l'on se trouvait réellement dans le stade, ce serait différent. Sachant qu'une balle pourrait réellement nous atteindre, notre corps se tient prêt à réagir à tout moment. Et si l'on se trouvait sur le terrain en tant que joueur, on serait sans aucun doute en mesure de réagir et d'agir de manière appropriée.
Le fait de pouvoir agir à tout moment dépend de la façon dont on perçoit l'endroit où l'on se trouve.
Tant que l'on reste simple spectateur, on n'acquiert pas d'expérience. Il faut être présent sur place, se tenir sur le terrain, agir en tant que joueur. C'est seulement ainsi que les expériences se transforment en souvenirs, et que ces souvenirs deviennent de l'expérience.
Lorsque vous identifiez un problème ou que vous ressentez un sentiment de malaise, essayez d'agir sans vous préoccuper des gains ou des pertes : c'est ainsi que vous accumulerez de l'expérience. Ce n'est qu'à partir de cette accumulation que l'on peut construire l'avenir. Je pense qu'hésiter à relever un défi revient à renoncer à acquérir de l'expérience.
Se placer dans un environnement où l'on peut à tout moment passer du statut de spectateur à celui d'acteur. C'est là le premier pas pour transformer l'expérience en atout.
De plus, l'expérience présente une autre caractéristique importante.
Cela signifie qu'il n'est pas nécessaire de se comparer aux autres.
On peut comparer son argent ou ses résultats à ceux des autres. Mais l'expérience, elle, n'existe qu'en soi. Ce que vous avez vécu n'appartient qu'à vous. Il ne s'agit pas de savoir si c'est plus ou moins que quelqu'un d'autre. C'est un atout invisible qui réside en vous.
C'est pourquoi je préfère privilégier l'accumulation d'expériences plutôt que d'éviter les échecs. Même si je me heurte à un obstacle, cette expérience me donnera la force de surmonter le prochain. Un échec n'est pas une perte, mais un investissement dans un capital d'expérience.
Il y a toutefois un seul point faible à l'expérience.
C'est qu'on ne peut pas les empiler à la place.
On acquiert des connaissances en lisant des livres. On peut aussi apprendre en écoutant ce que les autres ont à dire. Mais l'expérience, elle, ne s'acquiert qu'en la vivant soi-même.
On peut emprunter des informations. Mais on ne peut pas emprunter l'expérience.
C'est pourquoi je souhaite rester joueur aussi longtemps que possible.
Ce n'est pas pour réussir. C'est pour acquérir de l'expérience.
L'expérience ne s'efface pas. Même en cas d'échec, elle reste. Il n'est pas nécessaire de se comparer aux autres. Et c'est cette expérience qui guide vos décisions futures.
L'expérience est un cadeau que l'on offre à soi-même pour l'avenir.
ATSUSHI KABASAWA
FARM8 Co. Ltd.,